Mme de Staël, l'auteur de l'extrait étudié, est une figure à la fois politique et littéraire à l'époque de l'écriture de ce texte, fille du Banquier Necker, figure marquante des dernières années de l'Ancien Régime. Exilée par Napoléon de la France post-révolutionnaire pour ses intrigues contre l'Empire, elle fait paraître De l'Allemagne à Londres, depuis la Suisse dans le but de faire connaître en France les œuvres romantiques des auteurs de langue allemande. Dans le texte soumis à notre étude, Germaine de Staël cherche à apporter une définition de la poésie lyrique. Nous nous interrogerons dans un premier temps sur la façon dont Staël, poète elle même, présente de façon engagée le poète lyrique et sa poésie, deux entités indissociables, puis dans un second temps sur le caractère didactique de ce texte extrait d'un essai.
L'auteur, qui est lui-même poète, s'attache à présenter dans son texte le poète lyrique. Nous présenterons d'abord la glorification de l'auteur romantique puis les contrastes de ce personnage qui sont mis en avant.
Dès les premiers mots, l'auteur associe la poésie et le poète, qui ne peuvent pas être dissociés. Mme de Staël avance que « La poésie lyrique s'exprime au nom de l'auteur même » et ainsi montre que l'auteur lyrique est impliqué dans sa poésie, qui est un reflet de lui même. Cette association plus étroite que celle qui peut être associé par exemple à un auteur classique, qui ne fait qu'un travail de réécriture sur un thème qui ne lui est pas propre est une première mise en avant du poète romantique.
L'auteur, après avoir associé le texte à son géniteur, dissocie celui ci de « la plupart des hommes ». Le poète est donc celui qui saisit « l'énigme de la destinée humaine » qui échappe aux masses. Ce poète est donc dans une situation et un état d'esprit privilégié. Les poètes romantiques, qui sont souvent à l'instar de Mme de Staël issus de l'aristocratie héritent donc des valeurs de celle ci, qui se placent au dessus de la société pour la guider.
Cette idée que le poème n'est pas à la portée de tous est renforcée dans un second temps. L'auteur compare de façon avantageuse le poète aux « esprits vulgaires » et oppose à un vocabulaire mélioratif dans ses descriptions du poète et de la poésie, avec des termes comme « génie », « audacieux », « beautés » à un seul adjectif, « vulgaire » à connotation très négative pour caractériser les masses. Ainsi, le poète est mis en avant comme un être exceptionnel qui ne saurait être considéré comme l'ensemble des membres de la société.
Mme de Staël insiste ensuite sur le caractère eternel de la poésie, et donc du poète lyrique qui ne peut pas en être dissocié. Le poète, « qui ne peut cesser d'être », est donc voué à survivre à travers son œuvre, ce qui le place dans une position à cheval entre la position divine et la position humaine. Comment ensuite ne pas le considérer comme un être exceptionnel?
La poésie « plane sur les pays et sur les siècles ». Cette métaphore est utiliser pour montrer que la poésie lyrique n'est pas défini ni dans le temps, ni dans l'espace mais bien dans le poète lui même. La figure de style renforce aussi le caractère éternel et universel déjà conféré au poète lyrique.
Ainsi, l'extrait étudié livre une présentation du poète qui n'est pas neutre mais méliorative, et qui fait du poète lyrique un être proche de l'éternel et du divin. Cependant, cet être n'est pas sans contrastes.
Le poète romantique est un être profondément paradoxal. L'auteur utilise une longue énumération d'éléments antithétiques pour démontrer son affirmation qui n'est pas explicité.
D'abord, Madame de Staël évoque le « mélange des beautés de la nature et des terreurs de la destruction » qui exerce une forte influence sur le poète. Cette opposition des différentes sources d'inspiration du poète montre que sa poésie et lui même sont basés sur des éléments parfois opposés.
Le poète « doit mourir et ne peut cesser d'être ». Dans cette antithèse repose la caractérisation de celui-ci : il est humain, mais son œuvre qui est une partie de lui ne l'est pas et elle est éternelle. On peut donc faire à l'époque de Mme de Staël un parallèle avec la religion : Jésus lui même n'est-il pas à la fois un humain voué à une mort certaine et un personnage éternel? Cette comparaison implicite fait du poète un être à la fois divin et humain, éternel et fragile.
Les allégeances du poète sont ensuite données : « il s'enorgueillit en lui-même et se prosterne devant Dieu ». Ainsi, le poète est supérieur et conscient de sa supériorité sur les autres hommes, tout en étant peut être plus conscient que ceux-ci du respect qu'il doit à Dieu pour la création d'un monde qui est retrouvé dans l'œuvre du poète.
L'écrivain romantique et donc décrit par ses duos antithétique, comme « tremblant et fort », « créateur et créé ». Les antithèses ainsi constitués rythme la deuxième partie du texte. Elle est accentué par le ternaire de la première partie du texte, qui contraste avec le binaire des antithèses pour clore le tableau d'un être sans cesse en équilibre entre deux niveaux.
Nous allons maintenant nous intéresser au caractère didactique du texte. En effet, comme le suggère le titre, le texte est un essai. Dans un premier temps, nous expliquerons l’utilisation par l’auteur d’un exemple fort pour servir sa démonstration. Dans un second temps, nous aborderons le thème de l’implication de l’essayiste qui guide le lecteur au fil du texte.
Introduit par l’impératif « Il faut », la phrase s’annonce comme une marche à suivre pour comprendre vraiment la poésie lyrique. L’usage de l’impératif donne plus de force à cette phrase qui sert d’exemple unique et centrale pour expliquer la poésie lyrique.
Une allitération sur la consone liquide r vient renforcer le rythme de la phrase. Elle est sans doute utilisée pour évoquer les bruits et les glissements d’un fluide, l’éther des « régions éthérées », donnant ainsi une valeur poétique à ce qui n’étais censé n’être qu’un exemple. Charles Baudelaire à la fin du siècle donnera le même sens à une allitération en r dans le Dormeur du val : « Il est des forts parfums pour qui toute matière | Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre | En ouvrant un coffret venu de l’Orient | Dont la serrure grince et rechigne en criant ».
La phrase obéi à un rythme ternaire : « Il faut […], errer […], oublier […], et considérer […]. ». En effet, on distingue trois éléments distincts qui sont les trois bras nécessaires à la construction du cadre. La cadence de la phrase est majeure. Ces deux éléments donnent une idée d’amplification : le cadre se construit peut à peu pour remplir l’imaginaire du lecteur.
L’auteur apporte un grand soin au vocabulaire choisi. L’expression « régions éthérées » par exemple est utilisé à la fois pour son sens et pour sa valeur poétique. Chacun des noms est complété par une